Le raid de la police thaïlandaise à l’hôtel des chemises rouges a été un fiasco

La police et le gouvernement thaïlandais ont subi un cinglant revers ce matin (16 avril 2010). Un commando devait effectuer un raid dans un hôtel de Bangkok pour arrêter un groupe de responsables du noyau dur du mouvement des chemises rouges, mais cette opération a échoué lamentablement. Au lieu de cela, ce sont les chemises rouges qui ont retenu captifs quelques policiers.

Le vice-premier ministre Suthep Thaugsuban est passé à la télévision ce matin à 10 heures pour annoncer le raid à l’hôtel SC Park, où se cachaient plusieurs chefs du mouvement antigouvernemental : Arisman Pongruengrong, Suporn Atthawong surnommé « Isan Rambo », Pramual Chuklom, plus connu sous le pseudonyme de « Jiew Dokchik » et Payap Pankate.

Ces responsables sont quelques-unes des 24 personnes ayant fait l’objet d’un mandat d’arrêt motivé par les violences survenues au cours des récentes actions de protestation.

« Au moment où je vous parle, des forces spéciales prennent d’assaut l’hôtel SC Park où nous croyons que se trouvent des terroristes et leurs leaders », a déclaré M. Thaugsuban.

« Nous arrêterons et mettrons hors d’état de nuire les terroristes. Nous avons constitué des unités spécialisées pour traquer les terroristes », a-t-il précisé.

Cependant, la police a raté son coup. Les personnes recherchées ont apparemment eu vent de l’opération et prévenu leurs partisans qui se sont précipités à l’hôtel. Des membres du service d’ordre des chemises rouges auraient même fait feu sur des policiers pour les empêcher de procéder à des arrestations.

On a pu observer, en direct à la télévision, Arisman Pongruengrong s’échappant malaisément d’une chambre située au troisième étage de l’hôtel, en descendant à l’aide d’une corde pour arriver sur un camion garé en bas du bâtiment et dans les bras de chemises rouges qui l’ont rapidement éloigné de la vue des forces de l’ordre.

Les quatre autres chefs du mouvement antigouvernemental ont également réussi à s’enfuir, aidés par des protestataires, tandis que la police restait là sans réagir.

Les responsables des chemises rouges qui se trouvaient à l’hôtel SC Park ont été escortés par leurs camarades jusqu’au carrefour de Ratchaprasong, le site principal de la manifestation à Bangkok.

L’hôtel SC Park appartiendrait à l’ancien Premier ministre thaïlandais en fuite Thaksin Shinawatra, l’icône du mouvement d’opposition à la coalition actuellement au pouvoir.

Il a été rapporté que quatre policiers, dont le commissaire adjoint de la police métropolitaine de Bangkok qui a supervisé l’opération manquée, ont été faits prisonniers par les chemises rouges. Les captifs ont été vus un peu plus tard à la télévision, entourés par des responsables du Front Uni pour la Démocratie contre la Dictature (United Front for Democracy against Dictatorship ou UDD) au carrefour de Ratchaprasong.

Selon un rapport de police, la fouille de l’hôtel a permis de découvrir six grenades manuelles dans la chambre occupée par M. Pongruengrong.

Vers 11 heures 30 ce matin, le porte-parole gouvernemental Panitan Wattanayakorn a déclaré aux journalistes que l’opération qui devait mener à l’arrestation des chefs de la ligne dure du mouvement des chemises rouges avait échoué.

L’échec de ce raid a incité l’UDD, qui mène depuis le début la protestation antigouvernementale, à annuler son plan, qui consistait à faire le siège de l’ensemble des stations de télévision, afin d’obtenir un temps d’antenne équitable pour présenter sa version des faits, à propos des événements sanglants survenus le 10 avril dernier, quand les forces de l’ordre et les manifestants se sont affrontés [au site du pont Phan Fa].

Dans son allocution à la télévision nationale, M. Thaugsuban a aussi vivement recommandé aux protestataires « innocents » de quitter le site de rassemblement antigouvernemental du quartier commerçant de Ratchaprasong, et a laissé entendre que les autorités allaient procéder à de nouvelles arrestations.

« Les gens innocents devraient quitter la manifestation car les autorités doivent prendre des mesures radicales contre les terroristes », a-t-il dit.

Source : Bangkok Post (article mis en ligne le 16 avril 2010)